Droit de la famille · Voyages

Mon enfant voyage avec l'autre parent : passeport, autorisation, et vos droits

Par l'équipe AiMoi · Mis à jour le 3 juillet 2026 · 9 minutes de lecture

Les vacances approchent, et l'autre parent veut emmener votre enfant à l'étranger. Faut-il l'autoriser ? Peut-on refuser ? Que se passe-t-il si vous avez peur qu'il ne rentre pas ? Et à l'inverse, comment organiser un voyage sans que ça devienne un conflit ?

La loi encadre précisément ces situations. Voici tout ce que vous devez savoir.

"Un enfant mineur qui voyage à l'étranger sans être accompagné des deux parents a besoin d'une autorisation de sortie du territoire signée par le parent non accompagnant. Sans ce document, le passage à la frontière peut être refusé."

Le tableau synthétique — qui autorise quoi

Situation Document requis Signé par
Enfant voyage en France avec un seul parent Rien
Enfant voyage à l'étranger avec les deux parents Passeport ou CNI suffit
Enfant voyage à l'étranger avec un seul parent Autorisation de sortie du territoire L'autre parent
Enfant voyage seul à l'étranger Autorisation de sortie du territoire Les deux parents
Enfant dans l'espace Schengen (UE) AST requise selon pays Vérifier selon destination

L'autorisation de sortie du territoire (AST)

Depuis 2017, tout mineur résidant en France qui voyage à l'étranger sans être accompagné de ses deux parents doit être muni d'une autorisation de sortie du territoire. Ce document est obligatoire, gratuit, et se télécharge sur service-public.fr.

Ce que doit contenir l'AST

📌 Validité : l'AST est valable pour la durée du voyage indiquée. Elle n'a pas de durée de validité légale fixe — vous pouvez en faire une pour toutes les vacances de l'année si vous le souhaitez, en précisant les dates.

Le passeport : qui peut le demander ?

L'établissement d'un passeport pour un enfant mineur est un acte non usuel — il nécessite l'information des deux parents. Concrètement :

⚠ Si vous vous opposez à l'établissement d'un passeport

Rendez-vous à la préfecture ou sous-préfecture et signalez votre opposition. Elle est valable 1 an et bloque automatiquement la délivrance. Profitez de ce délai pour saisir le juge aux affaires familiales si le voyage prévu vous semble dangereux pour votre enfant.

Vous craignez que l'autre parent parte sans revenir

C'est la situation la plus angoissante. Votre ex parle de voyager avec l'enfant, et vous craignez qu'il ne rentre pas — ou qu'il s'installe définitivement à l'étranger. Deux mesures de protection existent.

L'opposition à la sortie du territoire (OST) — mesure d'urgence

L'OST vous permet de bloquer en urgence, sans délai, la sortie du territoire de votre enfant. Elle est valable 15 jours maximum et ne peut pas être renouvelée.

Comment déposer une OST

L'interdiction de sortie du territoire (IST) — mesure durable

L'IST est une mesure prononcée par le juge aux affaires familiales. Elle interdit la sortie du territoire de l'enfant sans l'accord des deux parents — jusqu'à la date fixée par le juge, ou jusqu'à sa majorité.

💡 La Convention de La Haye (1980) oblige les pays signataires à renvoyer un enfant enlevé dans son pays de résidence habituelle. Si le pays de destination n'est pas signataire, le retour de l'enfant est beaucoup plus difficile à obtenir. Vérifiez toujours si le pays de destination est signataire avant d'autoriser un voyage risqué.

L'autre parent refuse de signer l'AST — que faire ?

C'est une situation frustrante mais qui a une solution juridique. Si l'autre parent refuse de signer l'autorisation de sortie du territoire sans raison valable, vous pouvez saisir le juge aux affaires familiales en référé (procédure d'urgence) pour qu'il l'autorise à votre place.

Le juge appréciera si le refus est justifié ou abusif. Un refus systématique et non motivé de laisser l'enfant voyager peut être qualifié d'abus de droit et retenu contre le parent récalcitrant dans la suite de la procédure.

Bonnes pratiques pour les vacances sans conflit

Anticipez — informez tôt

Prévenez l'autre parent du voyage plusieurs semaines à l'avance, par écrit. Donnez les dates, la destination, le nom de l'hébergement, et un numéro de contact sur place. Ce niveau de transparence rassure et désamorce les conflits.

Préparez l'AST en avance

Ne demandez pas l'AST 48h avant le départ. Donnez à l'autre parent le temps de lire le document, poser des questions, et signer sereinement. Si vous attendez le dernier moment, un refus ou une hésitation peut compromettre le voyage.

Gardez le contact pendant le voyage

Permettez à l'enfant d'appeler l'autre parent pendant le voyage. Ce geste simple réduit considérablement l'anxiété de séparation — tant pour l'enfant que pour le parent resté en France.

Ce que vit l'enfant pendant ces périodes

Un enfant qui part en vacances avec un parent peut vivre une tension silencieuse : il sent que l'autre parent est inquiet, qu'il y a un "problème" autour de ce voyage. Même sans qu'on lui dise quoi que ce soit, il perçoit la tension entre ses parents.

Les enfants de parents séparés ont souvent du mal à profiter pleinement des vacances quand le contexte familial est conflictuel. Ils peuvent ressentir de la culpabilité à l'idée de s'amuser sans l'autre parent, ou angoisser à l'idée de "trahir" l'un d'eux en partant avec l'autre.

Si votre enfant manifeste de l'anxiété autour des voyages, des séparations, ou des transitions entre foyers, un accompagnement psychologique peut l'aider à traverser cette période plus sereinement.

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